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Une brutale chute en bourse...

Une brutale chute en bourse...

L’affaire Volkswagen est grave. Sans présager de ses déroulements ultérieurs, elle doit nous inviter à la retenue et nous inciter à réfléchir aux causes profondes de telles crises. Et l’investisseur, l’ensemble de l’écosystème financier doit y prendre toute sa part. Les crises ne valent que par les enseignements que l'on en tire.

Ne pas faire faire preuve d’hypocrisie collective

Tout le monde sait ou savait que les tests NEDC (européen) ne sont pas représentatifs. Ils avaient le mérite d’être les mêmes pour tous les constructeurs européens. Tout le monde le savait, le client le premier qui constate un écart entre sa consommation réelle et les consommations homologuées. Tout le monde savait, le magazine auto qui réalise des tests en réel et qui mesure un écart généralement voisin de 35 %. Ne soyons pas hypocrites, ne faisons pas semblant de le découvrir ou de commencer à nous en préoccuper.

Tout le monde sait que le lobby automobile est un des plus puissants au monde et qu’il a toujours su négocier les seuils et les délais d’application des normes. Que ce soit les Euro, les NCAP ou les émissions de CO2. Le plus souvent le chantage à l’emploi a été opposé pour négocier ces seuils. Et l’automobile a massivement détruit des emplois en France, en Belgique, en Italie…

Les investisseurs connaissaient parfaitement la position du groupe

Les investisseurs savaient que le groupe VW n’était pas un acteur pionnier dans la réduction des gaz à effet de serre (le CO2) ou des émissions polluantes.

Un groupe toujours « conforme », certes. Mais un suiveur.

Le groupe VW n’était pas (ou peu) engagé dans les motorisations/transmissions alternatives : mild-hybrid, hybrid, hybrid plug-in, electric. Le groupe VW n’était pas (ou peu) engagé dans les services de mobilité. En tout cas pas à la hauteur de son rang de premier groupe automobile mondial.

En tout cas pas comme le Toyota qui a fait l’objet de regards amusés et circonspects au lancement de la Prius. Toyota qui a démocratisé l’hybride pour en faire, après des années d’investissement et de pertes, un segment rentable. Toyota qui propose des hybrides accessibles : Yaris, Auris, Prius.

Ni comme Renault/Nissan, qui, bien qu’ayant sans doute trop concentré son effort sur l’électrique, a investi massivement sur les technologies du futur.

Quelle pourrait être l’action des actionnaires et des investisseurs ?

1) Demander des tests représentatifs et mondiaux ?

Cela serait de nature à récréer la confiance. Et ferait faire des économies massives aux constructeurs qui adaptent les véhicules aux normes de chaque zone… NEDC en Europe, FTP et HWFET aux USA, 10-15 au Japon, etc. Cette diversité est source de surcouts massifs et pèse sur la marge. C'est une barrière à l'entrée.

2) Sanctionner le ComEx ?

Soit le ComEx de VW ne savait pas, et c’est de l’incompétence ; soit le ComEx savait et il a fait prendre un risque majeur à l’entreprise. Les dirigeants peuvent-ils indéfiniment ne pas être comptables de leurs actes ? La destruction de valeur pour l’actionnaire doit-elle être récompensée ?

3) Mettre sous contrôle la transition ?

Demander à disposer de données extrafinancières pertinentes pour le secteur. Par exemple une présentation du chiffre d’affaires en trois segments : motorisation classique dite ICE (Internal Combustion Engine), motorisations alternatives (cf. ci-dessus) et solutions de mobilités. Ce qui serait représentatif de chiffre d’affaires à court terme, moyen terme et long terme. (Relire notre article matérialité l'exemple du secteur automobile)

Ne pas aller dans ce sens serait penser qu’Apple, Google ou encore BlaBlaCar sont des joueurs de seconde catégorie sans risques pour le futur pour les acteurs traditionnels. Ne pas aller en ce sens serait faire le choix du conforme et pas de l’innovation.

4) Intégrer enfin les questions ESG ?

Demander l’intégration, par les comités du conseil d’administration des sujets environnementaux, sociaux et sociétaux pertinents dans le « core business ». Dans le secteur automobile, pour VW comme pour GM hier ou Toyota, la santé-sécurité des consommateurs ou l’environnement ne sont pas des sujets extrafinanciers, mais des sujets "core business". Et chaque secteur compte entre 6 et 8 sujets extrafinanciers « core business ».

Les questions ESG sont marginalement évoquées dans les présentations analystes, hormis pour les greentechs. Et les pertes qui ont pour causes des facteurs ESG chaque fois abyssales…

5) Pousser à revoir les modèles d’analyse extrafinancière ?

Ils sont insuffisamment prédictifs, insuffisamment sectorisés, massivement multicritères, faiblement pondérés et peu transparents. Ils regardent trop, beaucoup trop le passé. L’un des plus fameux classe VW best Sustainability performer au niveau mondial… Un autre donnait PSA best performer for Human Ressources et quelques mois après PSA fermait Aulnay…

6) S’attendre à une pression renforcée des législateurs ?

Volkswagen donne raison au tenant du contrôle, du tout règlementaire. En trichant, VW renforce, hélas, la position de ceux qui disent « on ne peut pas faire confiance aux entreprises ». En trichant, VW démonte les arguments des tenants de la vertu autorégulatrice du marché. Ce faisant, VW suscite la défiance des législateurs. Gageons que dans le secteur auto comme dans d’autres secteurs, la pression de législateur ira grandissante.

Collectivement, ne pas tirer sur l’ambulance

Rien ne sert ou ne servira de vouloir tuer Volkswagen… Aujourd’hui, tout le monde demande des comptes. C’est légitime. Mais les multiples réactions font penser que l’avenir de VW est très grand danger, tant le nombre de plaintes s’accumule. Chez Volkswagen, il n’y a pas que des tricheurs, il y a aussi des centaines de milliers de salariés qui n’y sont pour rien…

Bref, une crise est l’occasion de tirer les enseignements du passé. Et de sortir collectivement plus fort et par le haut. Puissent les actionnaires, les investisseurs et l’ensemble de l’écosystème financier jouer pleinement leurs rôles en ce sens.

Une fois de plus, les questions sociales, sociétales, environnementales sont au cœur de la vie et de l’avenir des entreprises. Elles sont au cœur de la confiance entreprise et ses parties prenantes. Elles sont « core business ».

Et aujourd’hui, pour l’investisseur, prendre sa perte et en tirer les leçons.

© Philippe Cornet | 25 septembre 2015, update 10 octobre 2015 | Tous droits réservés | Toute reproduction intégrale ou partielle de cet article et des documents associés doit faire l'objet d'une autorisation préalable de l’auteur. Toute citation ou utilisation de données doit s'effectuer avec l'indication de la source.

À propos de l’auteur. Il a travaillé 15 ans dans le secteur automobile. Il a été 2 ans analyste extrafinancier du secteur automotive (automobile, components, tyres, trucks) chez le broker Crédit Agricole Cheuvreux. Passionné d'automobile sur le plan socio-économique et technique, il en suit l'actualité depuis plus de 30 ans.

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